Santé en voyage

Otite et avion : peut-on voyager sans risque ?

Écrit par Xavier Van CaneghemPublié le 28/05/202613 min. de lecture

Enfant a mal à l'oreille - otite

En bref

  • Une otite n'empêche pas toujours de prendre l'avion : tout dépend du type.

  • L'otite moyenne aiguë (OMA) contre-indique formellement le vol.

  • Les enfants sont plus vulnérables aux variations de pression en cabine.

  • En cas de doute, consultez un médecin avant le départ.

  • Si le voyage doit être annulé, une assurance voyage peut vous couvrir.

C'est la veille du départ. Les valises sont bouclées, les billets imprimés. Et votre enfant se réveille en pleurs, la main sur l'oreille. Le médecin a parlé d'otite. Et l'avion décolle dans moins de 24 heures. Faut-il annuler ? Peut-on partir quand même ? Y a-t-il un risque réel, ou juste de l'inconfort ?

Si 80 % des enfants font une otite avant l’âge de 3 ans, 45 % d’entre eux en font même jusqu’à trois durant cette période de leur vie. La question se pose donc de savoir si prendre l’avion ne va pas déchirer le tympan de l’enfant malade ou lui causer de fortes douleurs.
Le problème peut se poser également chez les adultes. Chaque année, Redion ouvre des dizaines de dossiers médicaux suite à une otite survenue avant ou pendant les vacances à l’étranger.

Certaines formes d’otites permettent de voler sans danger. D'autres exposent à des douleurs sévères, voire à des lésions du tympan. Ce guide vous donne les clés pour comprendre ce qui se passe dans vos oreilles en altitude, et pour prendre la bonne décision avant de monter à bord.

L'effet de l'avion sur une otite

La trompe d'Eustache : le chef d'orchestre de la pression

À l'intérieur de votre oreille, un petit conduit relie l'oreille moyenne à l'arrière du nez et de la gorge : c'est la trompe d'Eustache. Son rôle est discret mais essentiel : elle équilibre en permanence la pression entre l'intérieur et l'extérieur de l'oreille.

En temps normal, elle s'ouvre brièvement à chaque déglutition ou bâillement, laissant l'air circuler librement. Ce mécanisme suffit à compenser les légères variations de pression du quotidien.

En cas d'otite, cette trompe est enflammée, gonflée, parfois obstruée. Elle ne peut plus remplir correctement sa fonction. Et c'est là que l'avion devient un problème.

Ce qui se passe concrètement au décollage et à l'atterrissage

En vol, la pression dans la cabine est maintenue à un niveau inférieur à celui du sol, équivalente à une altitude d'environ 2 000 à 2 500 mètres. Ces variations de pression sont gérées sans difficulté par une oreille saine.

Au décollage, l'air contenu dans l'oreille moyenne se dilate. L'excédent est normalement évacué par la trompe d'Eustache, sans douleur.

À l'atterrissage, le phénomène inverse se produit : la pression augmente brusquement. L'oreille doit absorber cet afflux d'air. Si la trompe d'Eustache est bloquée, la pression s'accumule contre le tympan. Il se bombe, se rétracte, et peut provoquer une douleur intense, voire se déchirer. C'est ce qu'on appelle le barotraumatisme de l'oreille.

Pourquoi les enfants sont plus vulnérables ?

Chez les jeunes enfants, la trompe d'Eustache est plus courte, plus horizontale et plus étroite que chez l'adulte. Elle gonfle plus facilement sous l'effet d'une inflammation et peine davantage à rééquilibrer la pression. Un enfant de moins de 3 ans n'a pas non plus le réflexe instinctif de déglutir pour soulager la pression.

Résultat : à type d'otite équivalent, un enfant en bas âge ressentira des douleurs plus intenses qu'un adulte, et les risques de complications sont plus élevés.

Les 4 types d'otites : ce que chacune implique pour le vol

Toutes les otites ne se ressemblent pas. Avant de décider si vous pouvez embarquer, il est essentiel d'identifier le type d'otite concerné. Voici un aperçu clair des quatre situations les plus fréquentes.

Types d'otites

L'otite externe, aussi appelée "otite du baigneur", est une inflammation du conduit auditif externe, en amont du tympan. L'oreille moyenne et la trompe d'Eustache ne sont pas touchées. L'équilibrage de la pression reste donc possible. Le vol est autorisé, même si la douleur au toucher peut être inconfortable.

L'otite moyenne aiguë (OMA) est la forme la plus fréquente chez les enfants. Une infection bactérienne ou virale provoque une accumulation de pus derrière le tympan. La trompe d'Eustache est bloquée. Le vol est formellement contre-indiqué : la pression en cabine peut aggraver l'infection, provoquer des douleurs insupportables et, dans les cas les plus sévères, entraîner une perforation du tympan. Il est recommandé d'attendre au moins deux semaines après la fin du traitement avant de reprendre l'avion.

L'otite séreuse ou muqueuse se caractérise par une accumulation de liquide derrière le tympan, sans infection active ni douleur marquée. Elle est parfois difficile à détecter chez l'enfant, qui peut simplement sembler moins attentif ou mal entendre. Si le tympan a déjà été ouvert par le médecin, le vol est généralement possible. Dans le cas contraire, la prudence s'impose : consultez votre pédiatre ou médecin ORL avant le départ.

Les aérateurs transtympaniques, plus connus sous le nom de "yoyos" ou tubes, sont de petits dispositifs posés chirurgicalement sur le tympan pour permettre à l'air de circuler librement entre l'oreille interne et l'oreille externe. Ils remplissent précisément la fonction de la trompe d'Eustache. L'équilibrage de la pression se fait donc naturellement, et le vol ne pose aucun problème particulier.

Rhume, sinusite : une simple congestion ?

Contrôle médical de l'oreille chez un enfantPas d'otite diagnostiquée, mais le nez bouché, les oreilles qui "coulent", une légère pression dans les sinus. Peut-on prendre l'avion sans risque ?
La réponse est nuancée. C'est précisément là que beaucoup de voyageurs se trompent.

Un simple rhume n'est pas, en soi, une contre-indication au vol. Mais il suffit que la congestion soit suffisamment importante pour obstruer partiellement la trompe d'Eustache pour que la situation bascule. Le mécanisme est identique à celui d'une otite : si l'air ne circule plus librement, la pression s'accumule contre le tympan à l'atterrissage. La douleur peut être vive, soudaine, et dans certains cas déboucher sur une otite barotraumatique, c'est-à-dire une inflammation de l'oreille moyenne directement causée par les variations de pression du vol.

Le même risque s'applique en cas de sinusite : les cavités sinusales enflammées communiquent avec la trompe d'Eustache, et une forte congestion peut compromettre l'équilibrage auriculaire.

Ces situations ne justifient pas systématiquement d'annuler le voyage. Mais elles méritent un avis médical avant le départ, surtout si les symptômes sont intenses ou si le vol est long. Votre médecin pourra évaluer le risque et, si nécessaire, vous prescrire un décongestionnant à prendre avant l'embarquement pour faciliter l'ouverture de la trompe d'Eustache pendant le vol.

Ce conseil vaut aussi pour les enfants enrhumés. Un nourrisson très congestionné à bord d'un avion peut souffrir intensément sans pouvoir l'exprimer autrement que par des pleurs prolongés.

Les bons réflexes lors d’un vol

Le médecin a donné son feu vert, ou le voyage est incontournable. Dans tous les cas, quelques gestes simples peuvent faire une vraie différence pour traverser le vol sans trop souffrir.

Les manœuvres de compensation

La manœuvre de Valsalva est la plus connue : pincez le nez, fermez la bouche, et soufflez doucement par le nez comme si vous vouliez déboucher les oreilles. Ce geste force l'ouverture de la trompe d'Eustache et rééquilibre la pression. Pratiquez-la surtout à l'atterrissage, phase la plus délicate.

Si elle vous semble trop brusque, la manœuvre de Toynbee est plus douce : pincez le nez et avalez votre salive simultanément. Moins puissante, elle est souvent suffisante en cas de gêne légère, et mieux adaptée aux jeunes enfants capables de coopérer.

D'une façon générale, bâiller, mâcher un chewing-gum ou avaler régulièrement favorise l'ouverture naturelle de la trompe d'Eustache. Ayez toujours une bouteille d'eau à portée de main pendant la descente.

Les médicaments décongestionnants

Sur prescription ou conseil médical, un spray décongestionnant nasal pris 30 à 45 minutes avant l'atterrissage peut réduire significativement la congestion et faciliter l'équilibrage. Ne l'utilisez pas sans avis médical, notamment chez les nourrissons et les jeunes enfants.

Les bouchons de vol à filtre céramique

Ces bouchons spéciaux, disponibles en pharmacie, ralentissent la variation de pression dans le conduit auditif. Ils ne remplacent pas un traitement médical, mais constituent un complément utile pour les personnes sensibles aux changements de pression, même sans otite déclarée.

Conseils spécifiques pour les bébés et les jeunes enfants

Un nourrisson ne peut pas pratiquer de manœuvre de compensation. La solution la plus efficace reste de lui faire téter ou boire au biberon pendant le décollage et surtout l'atterrissage : la déglutition répétée stimule naturellement l'ouverture de la trompe d'Eustache. Pour un enfant plus grand, une sucette, un bonbon ou un verre d'eau produisent le même effet.

Évitez que l'enfant s'endorme juste avant l'atterrissage : le réflexe de déglutition est moins actif durant le sommeil, ce qui augmente le risque de douleur au moment de la descente.

Le voyage doit être annulé ou reporté ?

Si l'otite est trop sévère, le vol est contre-indiqué. Ou vous avez pris la décision vous-même, par précaution. Dans tous les cas, annuler un voyage représente un coût réel : billets d'avion, hébergement, location de voiture, activités prépayées.

C'est précisément pour ces situations que l'assurance voyage prend tout son sens.

Une bonne assurance annulation prend en charge les frais non remboursables engagés avant le départ, dès lors que l'annulation est justifiée par un motif médical reconnu. Une otite moyenne aiguë diagnostiquée par un médecin, accompagnée d'une contre-indication écrite au voyage, constitue généralement un motif valable.

Pour en savoir plus, consultez notre page assurance voyage Redion.

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Vos questions sur l'otite et l'avion

Cela dépend du type d'otite. L'otite externe n'empêche pas de voler. L'otite moyenne aiguë (OMA), en revanche, contre-indique formellement le vol : la pression en cabine peut aggraver l'infection et provoquer des douleurs intenses, voire une perforation du tympan. En cas de doute, consultez un médecin avant le départ.

Écrit par Xavier Van CaneghemPublié le 28/05/202613 min. de lecture

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